
Votre livre consacré au sanglier a un format assez surprenant. Chaque chapitre s’ouvre sur un court texte écrit du point de vue de l’animal : un sanglier dans son habitat, à la recherche de nourriture, poursuivi par des chasseurs… Pourquoi ce choix ?
R. M. : Le perspectivisme animalier est un concept de plus en plus fréquent chez les philosophes, et il trouve un écho chez les naturalistes comme Roméo Bondon et moi-même. Pour observer un animal et apprendre à le connaître, un naturaliste essaie de penser comme lui, afin de prédire comment il va se comporter, où il va aller… Voir les choses de son point de vue est peut-être ce qui a été négligé et ce qui manque dans la gestion actuelle de la population de sangliers.
Aujourd’hui, on entend surtout le récit cynégétique, c’est-à-dire celui des chasseurs, mais aussi celui des agriculteurs qui subissent des dégâts aux cultures, et celui des vétérinaires qui se concentrent uniquement sur les maladies que les sangliers peuvent transmettre, comme la peste porcine. C’est pourquoi Roméo Bondon et moi-même avons voulu proposer non seulement une analyse objective des faits, mais aussi un point de vue subjectif, en nous mettant à la place de l’animal : que ressent-il d’être confronté en permanence à l’homme et à ses infrastructures, d’être traqué par les chasseurs pratiquement partout, tout le temps?





